Avant Marseille - Paris-SG, dimanche, Vincent Chaudel nous présente le
choc des deux « locomotives économiques du football français ». Il est
spécialiste de l'économie du football, responsable du département sport
d'Ineum Consulting et conseille plusieurs clubs français dans leur
stratégie d'investissement.
Les faits : Les matches Marseille - Paris-SG sont devenus des
classiques au tournant des années 80 et 90, notamment car ils
présentent la particularité de susciter les passions pour des millions
de personnes, au-delà des deux villes.
L'oeil du spécialiste :
« Un classico n'est jamais complètement le fruit du hasard. Pour
exister, il suppose un choc régulier et de haut niveau, mais aussi une
opposition entre clubs évoluant dans de grandes villes ou, dit en
termes économiques, au coeur de marchés importants. De ce point de vue,
la France est dans une situation originale. Contrairement à nos voisins
européens où la plupart des grandes écuries sont basées dans des villes
de plus de 2 millions d'habitants, notre pays ne compte que Paris à ce
niveau de population (10 millions). Si Marseille, ville d'un million
d'habitants, est l'adversaire du Paris-SG de préférence à Lyon ou
Lille, c'est que l'OM est aimé partout, comme St-Etienne l'était à son
époque. Traduite sur le plan économique, cette passion signifie que le
marché national du club dépasse son marché local, un peu comme en
Italie la popularité de la Juventus dépasse largement Turin. C'est
d'ailleurs tout l'enjeu pour l'Olympique lyonnais depuis des années :
acquérir une dimension nationale qui ne dépende plus seulement de son
niveau de performance. Paris et Marseille l'ont fait. Ce sont les
locomotives du football français. En déplacement, elles attirent entre
10 et 20% de spectateurs de plus que n'importe quel autre club
visiteur. Leurs duels dopent les moyennes d'audience des matches de L1
à la télévision. Moins toutefois les dernières années. »
Les faits : Marseille a désormais un train
d'avance sur le Paris-SG. Selon les chiffres définitifs de la DNCG pour
la saison 2006-2007, le chiffre d'affaires de l'OM était de 94 millions
d'euros, celui du Paris-SG de 74 millions.
L'oeil du spécialiste :
« L'avantage de Marseille sur le plan budgétaire, de la puissance
financière, s'explique par sa participation à la Ligue des champions
l'an dernier et cette saison. La différence était de 20 millions
d'euros il y a deux saisons, elle devrait être du même ordre en 2008 et
2009, selon les données fournies par les clubs. Ces chiffres ne
tiennent pas compte des transferts. D'un côté, Paris a pour objectif de
retrouver rapidement un meilleur niveau de performance et a pu attirer
des joueurs de talent mais âgés (Kezman, Giuly, Makelele). C'est une
première étape de reconquête sportive mais pas une politique permettant
de dégager des bénéfices sur la balance des transferts (on ne gagne pas
d'argent en vendant un joueur de 34 ans !). A l'inverse, les résultats
de Marseille ces dernières saisons lui permettent de proposer un
challenge sportif à des garçons comme Ben Arfa qui disputent la Ligue
des champions et peuvent espérer prendre de la valeur et partir dans un
championnat plus huppé comme l'ont fait Drogba, Ribéry ou Nasri. Si
l'on tient compte du transfert de Franck Ribéry au Bayern (26
millions), l'OM était bénéficiaire en 2006-07 (14 millions d'euros)
alors que sans ces rentrées le club était déficitaire, comme le PSG (19
millions). »
Les faits : L'OM est un club désormais
plus stable que le PSG. Ce sera le premier classico pour Charles
Villeneuve, nommé l'été dernier à la présidence du Paris-SG. Son
homologue marseillais, Pape Diouf, est au club depuis 2003 et président
depuis 2005.
L'oeil du spécialiste : « Dans mon rôle de
conseil, j'insiste toujours sur un facteur clé du succès sportif et
économique qui est la bonne gouvernance des clubs. Ce qui est
important, c'est la constance de la stratégie et la qualité des hommes
pour la mener. Pour prendre des exemples évidents, Manchester United,
Arsenal ou encore Lyon montrent que lorsqu'il y a une ligne directrice
et de la stabilité au sommet, le club avance sans à-coup, quel que soit
le pilote sportif. Santini, Le Guen, Houllier, Perrin, Puel... A l'OL,
les entraîneurs changent, mais la vision reste, notamment la politique
de recrutement. Cette permanence a manqué à l'OM jusqu'au passage de
Bouchet puis à l'arrivée de Diouf, et elle semble enfin s'installer au
PSG avec Villeneuve, après quasiment une décennie durant laquelle se
sont succédés presque autant de présidents que d'entraîneurs... La
bonne gouvernance a déjà produit ses effets sur les résultats de
Marseille. L'avenir nous dira ce qu'il en est au Paris-SG, mais une
chose est sûre : tout le football français et l'OM en particulier ont
intérêt à un retour du PSG au premier plan. Car que vaut la performance
sportive si l'opposition est faible ? N'a-t-on pas reproché à Lyon de
réussir une superbe série sans véritable adversité ? »
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